Indiana Shark

Certes, Auckland est une ville fascinante, cosmopolite et pleine de vie. Cependant, elle reste une mégapole, constamment dans le bruit et l’agitation. Rien de tel parfois qu’un séjour en extérieur, loin de tout ce boucan et de ce béton.

C’est pourquoi, en ce weekend de la Guy Fawkes Night (l’anniversaire de la Conspiration des poudres, encore une bonne excuse des anglais pour s’envoyer des pintes), je quitte la civilisation pour me diriger plus au Nord : en route pour Waipu !

Avant de débuter ce voyage, je tiens à préciser quelque chose à propos des notions de distances. Celles-ci sont très différentes selon où vous vous trouvez sur le globe. En Nouvelle-Zélande, lorsqu’un kiwi vous dit que « tu verras, là où on va ce n’est pas très loin, on y est vite », prenez ça avec des pincettes. Au vu de la taille de l’île et de l’état de certaines routes, comptez au minimum 2 heures de voiture pour tout « c’est pas très loin » et 4 heures pour les « c’est pas tout près » (et si un jour on vous sort un « ouais, ça fait un bout depuis ici »… préparez un livre, la route risque d’être longue).
Pour le coup, Waipu « c’est pas très loin » d’Auckland.

Waipu Maps.PNG

Première étape après quelques heures de route : Waipu Cave (pas la cave à pinard mais plutôt celle de Batman). Pour visiter ces grottes, il faut parquer la voiture à la lisière d’une forêt et traverser cette dernière. Arbres couverts de lianes, fleurs et oiseaux sortant tout droit d’un chapitre de Tolkien, tronc d’arbre couché en travers d’une rivière, gigantesques roches volcaniques… mon chapeau vissé sur la caboche, je suis en mode Indiana Jones !

C’est décidé, je ne sortirai pas de cette grotte sans le crâne de cristal !

Après une courte marche à travers cette luxuriante forêt, me voici face à une falaise de 10, 20 mètres de haut ? (l’évaluation des distances n’a jamais été mon point fort) couverte de mousse et de verdure. Au pied de cette dernière, une large interstice en forme de kebab roulé (sans déconner, ça a vraiment la forme d’un dürüm) m’invite à pénétrer au coeur de la roche. Bienvenue dans l‘antre de Davy Jones de Waipu !

Juste avant d’entrer dans cette masse noire, l’on me conseille vivement de préparer une lampe de poche et de bien attacher mes chaussures. Pour ce qui est de la lampe, c’est ok, j’en ai toujours une qui traîne dans mon sac Dora. Pour les chaussures en revanche, c’est une autre histoire… je n’ai pas jugé utile de prendre mes grolles de marche dans ma valise lors de ma venue ici (ça prenait trop de place), je m’apprête donc à faire l’explorateur du dimanche en Nike Air (chose que je vais amèrement regretter dans un futur très proche).

On ne m’a pas menti, on voit dans cette grotte comme à travers une pelle. Dès lors que j’enclenche ma lampe, j’aperçois des stalagmites de toutes les formes et de toutes les tailles (la plupart sont bien plus grandes que moi). Le sol est couvert d’un couche de calcaire et d’innombrables marres d’eau brunâtre jonchent celui-ci. Après avoir traversé deux ou trois cavités, je peux déduire deux choses de mon expédition. Primo : il n’y a pas de chauve-souris (ce qui est un très bon point) et deuzio : j’ai les pieds trempes (ce qui n’est pas top).

Arrivé dans la plus grande caverne, on me demande d’éteindre ma lampe, de lever les yeux et d’admirer.

C’est alors que des milliers de petits points brillants, jusque là invisibles à cause de la lumière des torches, s’allument sous mes yeux. Le plafond de la grotte se transforme alors en voie lactée, le spectacle est saisissant. On m’explique qu’il s’agit de Glow worms (des sortes de lucioles) et que celles-ci nichent ici avant d’éclore. Mon appareil photo n’étant pas fameux pour les clichés nocturnes, vous trouverez ici un article contenant de fabuleuses photos de Joseph Michael.

worms-waipu
@ Joseph Michael

Après une heure ou deux passées à contempler ce phénomène (j’ai perdu toute notion du temps depuis que je suis entré là-dedans), je rebrousse chemin et continue ma découverte de la région de Waipu.
Quelques kilomètres de route sablonneuse plus tard, me voilà sur une plage de sable fin totalement déserte. J’aide David (la père de ma famille d’accueil) à sortir tout un tas d’étrange matériel de son coffre ; une bobine d’un épais fil de pêche, des dizaines d’hameçons gros comme mon pouce, des appâts et… une torpille !

Je suis ses instructions à la lettre pour mettre tout ce barda en place (sans vraiment comprendre ce que je suis en train de faire, je dois bien l’avouer). Je plante la bobine dans le sable, attache le fil de pêche au cul de la torpille et accroche une vingtaine d’hameçons munis d’appâts le long de ce dernier. Après un petit quart d’heure de préparation, David m’annonce que nous sommes prêt pour la pêche version « kiwi style ».

Voici un schéma de qualité digne d’un épisode de C’est pas Sorcier afin de vous expliquer le principe (relativement simple) de la pêche à la torpille :

cof
3 ans d’école de design pour arriver à un tel résultat

Petit A : vous balancez la torpille au large. Petit B : vous attendez que la batterie de cette dernière se vide (environ 10 minutes). Petit C : Patientez une demi-heure que les poissons mordent à l’appât. Petit D : Rembobinez le fil et collectez la prise du jour !

Ce n’est certes pas la méthode la plus raffinée que je connaisse mais il faut bien avouer que cette dernière est foutrement efficace…

cof
L’avantage de cette méthode de pêche c’est que vous pouvez également couler les bateaux de vos concurrents.

Alors que nous remontons les appâts, c’est avec une joie digne d’un enfant le matin de Noël que je remarque que ces derniers ont pratiquement tous fait mouche (mouche -> appât, vous noterez l’effort sur le jeu de mots). Les poissons, tous plus gros et beaux les uns que les autres s’entassent dans la glacière, la prise est excellente. Alors qu’il ne reste que quelques hameçons à la mer, j’aperçois à une dizaine de mètres de moi une masse sombre se débattant dans l’eau, non seulement ça a encore mordu mais celui-là est bien plus gros que les autres !

En approchant de l’écume créée par la bête, je m’aperçois en fait qu’il s’agit… d’un requin… j’ai pêché un putain de requin marteau ! Moi qui n’ai jamais attrapé quelque chose de plus gros qu’une truite dans ma vie, voici que je me retrouve face à un squale !
Ne sachant absolument pas quoi faire avec mon nouvel ami, j’appelle David à l’aide (lui n’a pas l’air étonné le moins du monde), il l’attrape par la queue, le retourne et lui plante sa machette entre les deux yeux.

Non, je déconne. Il l’attrape certes par la queue mais c’est pour lui enlever l’hameçon de la gueule et pour le remettre à l’eau. Il est interdit de pêcher cet animal (rappelons qu’il est en voie d’extinction) et encore plus de le manger. Voici une prise que je ne suis pas prêt d’oublier.

cof
https://www.youtube.com/watch?v=lwEexNUGyHc

Pour ce qui est des autres poissons en revanche, ils ont tous terminé en sashimi et fish and chips. Un régal.

Les poissons écaillés et le matos rangé, la fin de journée pointe le bout de son nez et il est temps de partir de cette plage paradisiaque.

Je loge pour la nuit dans un bungalow situé dans un camping non loin d’ici. Après une petite séance grillades à base de poulet cajun et filets de poissons ultra frais, je termine ma soirée par une balade nocturne le long de la plage avec comme seul accompagnant le bruit des vagues.

DL.

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