L’île silencieuse

« Si vous voulez aller sur la mer, sans aucun risque de chavirer, alors, n’achetez pas un bateau : achetez une île ! »
– Marcel Pagnol

Voici 2 semaines que je ne suis pas parti en expédition. 2 semaines que je n’ai pas pu sortir de la mégapole, il est grand temps d’aller prendre un bon bol d’air frais.

Depuis que je suis à Auckland, une île attire mon attention. Je la vois à chaque fois que je me rends au port pour m’y délecter d’une glace à l’italienne. Cette île (qui d’ailleurs fait la couverture de cet article) c’est Rangitoto !

En ce samedi 3 décembre – 3ème jour d’été – et sous un soleil de plomb, il est l’heure pour moi d’aller nourrir ma curiosité (et ça tombe bien, je n’ai pas encore navigué en eaux néo-zélandaises).

Sac prêt √ provisions parées √ lunettes √ chapeau √ appareil photo √ Moleskine √
8:30, je prends mon bus direction le port d’Auckland (décidément, mes périples commencent de plus en plus tôt).

Une fois arrivé… à bon port, je me dois de respecter la règle d’or près-expédition : le casse-dalle. Bien qu’il soit un peu tôt pour un steak ou toute autre joyeusetés de ce genre, je déniche un café proposant un « Big Breakfast » (l’équivalent du full english mais sans les haricots), le tout accompagné d’un bon café, rien de tel pour bien commencer une journée.

Repu, je peux me mettre les voiles.
Le ticket pour le ferry me coûte 30$ aller-retour (de toute façon il n’y a pas d’autre moyen d’aller sur l’île mis à part la nage et étant donné que je nage comme une pierre cette option ne s’envisage même pas). Le type m’explique qu’il y a quelques règles à respecter avant d’embarquer : primo, il faut nettoyer ses chaussures. Déjà pour ne pas dégueulasser le bateau mais surtout pour éviter toutes épidémies, Rangitoto est une « pest-free island« , un écosystème indemne et ultra protégé. Transporter par mégarde des graines ou un quelconque insecte sous ses grolles pourrait donc foutre en l’air ce petit coin de paradis.

cof

Deuzio, il faut prendre de quoi boire et manger avec soi car il n’y a tout bonnement aucun magasin ni aucune habitation sur l’île (t’inquiète pas mon coco, j’ai assez de bouffe dans mon sac pour nourrir tout l’équipage s’il le faut). Et pour terminer, point plutôt important : ne pas louper le dernier ferry de la journée ! Passé 17h c’est soit tu dors sur place soit tu rentres à la brasse (et comme il me l’a si bien dit avec son grand sourire, « it’s a long swim home!« ).

30 minutes plus tard, le ferry s’amarre au quai de l’île. Au moment de poser pied à terre, je me sens tel  Carl Denham arrivant sur Skull Island, excité et avide d’aventures !

Une fois le ponton franchis, plusieurs voies s’offrent à moi. Alors que tous les touristes débarquant en même temps que moi se dirigent dans la même direction tel un troupeau de bétail, j’oblique à gauche et emprunte un petit chemin s’enfonçant dans la forêt.
Il ne me faut que quelques dizaines de mètres trouver mon bonheur : de la nature, pure et intacte. Chaque plante me semble différente tant la diversité est incroyable ici, fougères, palmiers, buissons indéfinissables…
C’est au moment où je m’arrête pour lacer mes chaussures que je remarque que quelque chose cloche. Le fait est si évident qu’il me faut un petit moment pour arriver à trouver ce que c’est : il n’y a pas un bruit. Pas une branche qui craque, pas un oiseau qui chante, pas même un lézard qui pète. Le néant.
Lorsqu’une telle chose se produit dans un film c’est la prédiction qu’un terrible événement va se dérouler… je m’attends donc à voir surgir un raptor d’un fourré ou qu’une troupe de brigands de grands chemins me tende une embuscade ! Mais non, rien de tout cela ne se passe, je suis simplement face à une île silencieuse.

hdr
(pour dire vrai j’ai vu un lézard et je suis sûr que ce salaud en a lâché une)

Le petit chemin forestier s’arrête à un croisement. J’ai dès lors à nouveau le choix entre plusieurs voies…
Heureusement, j’ai eu l’intelligence (c’est suffisamment rare pour être souligné) de prendre une carte de l’île en même temps que mon ticket ! Si j’en crois cette dernière, il me suffit de suivre le chemin de droite longeant la côte jusqu’à ce qu’il s’arrête avant de prendre à droite en direction du sommet (ah oui je ne l’ai peut-être pas spécifié jusqu’ici mais mon but c’est d’arriver au cratère du volcan).

Les paysages de la côte contrastent radicalement avec la verdoyante forêt de tout à l’heure. Je suis désormais face à des panoramas qui me rappellent brutalement que je ne suis pas sur n’importe quelle île mais bel et bien sur un volcan dont les gigantesques éruptions ont secouées la Nouvelle-Zélande il y a de ça « seulement » 550 ans. Le chemin que j’emprunte est tapis d’une poudre noire hyper volatile mélangée à du sable (autant vous dire que mes grolles ont été niquées en quelques minutes).
Autour de moi, des amas de pierres volcaniques définissent les trajets des coulées de lave lors des dernières éruptions. Des arbrisseaux surgissent parfois ici et là de ces tas noirs comme pour démontrer qu’au final, la nature reprend toujours le dessus (en l’occurrence là elle galère un peu mère nature mais ça va le faire, on croit en elle).

LavaBlack.jpg

Deux heures plus tard, j’arrive à la fin de la la route. Chose que je n’avais pas vu sur la carte : un petit sentier part en direction de la mer. Intrigué, j’emprunte ce dernier et je tombe sur une plage (de galets volcaniques, il n’y a pas de sable fin sur cette île…). L’eau est turquoise, un léger vent vient caresser mes cheveux tels ceux de Mitch dans Alerte à Malibu… je crois qu’un petit break s’impose (au vu du coin de paradis qui s’offre à moi et de la météo parfaite dont est composé ce samedi, je regrette vraiment que cette île ne comporte aucun bar. Un mojito aurait fait de moi l’homme le plus heureux du monde).

Je reprends la route vers midi et des poussières, le soleil est alors à son apogée et il fait une chaleur telle que j’ai l’impression que mes semelles vont fondre sur cette lave qui ne me paraît alors pas si sèche que ça. La première partie de l’ascension du volcan est assez calme, je croise parfois quelques badauds descendants et les paysages sont cependant toujours aussi apocalyptiques. J’ai parfois l’impression d’être Curiosity en mission sur Mars.
A mi-chemin, je pénètre dans une forêt tout droit sortie d’un roman de Tolkien ; les arbres s’entremêlent tels des spaghettis sauce pesto (la photo de couverture de l’article)des cris d’oiseaux plus étranges les uns que les autres viennent briser le silence qui régnait jusque là et de magnifiques fougères à en faire pâlir Freud tapissent le sol.

Il m’aura fallu une bonne heure depuis ma plage abandonnée pour gravir cette route, en face de moi se trouve désormais la dernière étape de l’ascension : un escalier si long qu’il me rappelle les 7000 marches de Skyrim.

IMG_20161203_131630.jpg

Je ne regrette cependant pas d’avoir perdu mes poumons ainsi mes cuisses dans cette ascension, la vue qui m’est offerte au sommet est à couper le souffle. Le panorama est à 360 degrés, la baie d‘Auckland est à mes pieds.
Le fait d’arriver au pic de l’île me ramène également à la civilisation, je comprends que le chemin que tous les touristes ont emprunté en début de journée est en fait la voie rapide et facile (ce qui me rassure un peu car je vois des gosses courir et jouer devant moi alors que je suis à bout de souffle et détrempé… ça aurait été assez vexant que ces mouflets aient pris le même chemin que moi).
Quelques escaliers en plus et j’arrive à mon but de la journée : le cratère. Là, je ne cache pas une certaine déception. Je m’attendais à voir de la lave jaillir dans des explosions intenses et sulfureuses, des Balrogs des mines d’orcs des… comment ça je ne suis pas à la Montagne du Destin ?
En réalité, le cratère, ça ressemble à ça :

cratere.jpg
Un bon article sans schéma de qualité n’est pas un bon article

Sans grand intérêt donc, je ne m’attarde pas ici et je retourne à mon spot de tout à l’heure. Je reste assis un moment à admirer le spectacle, voir toutes ces îles au loin ne me donne qu’une envie : enfiler mon chapeau d’explorateur et aller les conquérir une par une.

Qui sait, peut-être que s’il fait beau le weekend prochain…

DL

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