Balade dimanchale

« Quand un cachalot vient de tribord, il est prioritaire. Quand il vient de bâbord aussi. »
– Olivier de Kersauson

Oyez, oyez, braves matelots !

Cette semaine, la Nouvelle-Zélande célèbre les 75 ans de sa Navy. Pour fêter ça, une flopée de navires de guerre de toutes époques est amarrée au port d’Auckland. L’occasion pour moi d’aller faire quelques clichés (d’ailleurs, je n’en parle jamais mais vous pouvez me suivre sur Instagram) et aussi de me délecter d’une glace à l’italienne (le combo yaourt-stracciatella  de chez Valentino’s Gelato est un délice).
L’événement ne regroupe pas seulement la flotte nationale mais également le Japon, l’Inde, l’Indonésie, la Corée et Singapour. Bref, ils n’ont pas fait les choses à moitié et des milliers de personnes sont présentes sur les quais en ce dimanche ensoleillé.

Ce n’est cependant pas de cela dont on va parler aujourd’hui. Ayant reçu de la pluie sur la tronche toute la semaine, je me dis qu’il serait dommage de passer une si belle journée en ville (la météo est particulièrement capricieuse ces temps…).
J’ai dans l’idée de découvrir ce qui se passe au North Shore d‘Auckland (chose que je n’ai honteusement pas encore fait alors que j’y habite). Comme d’habitude, je n’ai pas de planning à proprement dit mais je m’organise tout de même un semblant de trajet : partir de mon quartier direction le parc Kennedy situé dans Castor Bay puis longer la côte jusqu’à la plage de Takapuna. Simple, concis, efficace (ça, c’est ce que je crois).

maps-bike
Encore un schéma de qualité

Je ne suis cependant pas hyper motivé à parcourir tout ce chemin à pied (c’est dimanche, molo l’asticot). Il me vient alors à l’esprit une phrase d’un grand philosophe de notre temps : « the best way to see a place : the bike ! » – Arnold Schwarzenegger.

Si Schwarzy le dit, c’est que c’est vrai. J’emprunte donc un vélo à ma famille d’accueil, je me coiffe de mon plus beau chapeau en guise de casque et j’embarque mon sac Babouche. Mon GPS étant aussi fiable qu’une capote Leader Price, je profite du wifi pour mémoriser dans les grandes lignes le trajet jusqu’à Castor Bay (une fois là-bas je n’aurai plus qu’à longer la côte). Droite après le parc, gauche deux fois, tout droit puis deux fois à droite… bien, me voilà fin prêt pour cette aventure sur deux roues.

(Petite précision avant de continuer, la dernière fois que j’ai enfourché une bécane c’était pour jouer à Pokémon Go, autant vous dire tout de suite que je ne suis pas le nouveau Lance Armstrong.)

Premier coup de pédale, 9:47 (c’est bien la première fois que je débute une aventure de si bon matin). J’oublie mon itinéraire aussitôt le parc traversé… pas grave, on va le faire à l’instinct.
Les quartiers du North Shore pourraient ressembler à ceux que l’on voit dans les films américains, les pelouses sont parfaites, pas un déchet visible au sol et les journaux sont lancés sur les pas de portes par des distributeurs à vélo. Cependant, une différence de taille est à prendre en compte : le dé-ni-ve-lé.

Napa Street.jpg

Une chose est sûre, les ingénieurs qui ont conçu les routes ici n’ont jamais fait de vélo. Pédaler à Auckland c’est un ticket gratuit pour le Silver Star, je perds le poumon qui me restait après mon ascension du mont Eden dès la première grosse montée.

Outre réveiller mon cardio, « conduire » aujourd’hui a un deuxième avantage : cela m’entraîne pour mon roadtrip prévu dans quelques semaines. Eh oui car c’est la première fois de ma vie je que roule à l’anglaise (quelle drôle d’idée tout de même). Ceci dit, on s’y habitue assez vite (sauf pour les ronds-points où là j’ai failli me tuer deux ou trois fois).

Après une petite heure de pédalage et 3 kilos en moins, j’aperçois la mer ! Je demande à un promeneur de chiens que je croise (il tenait en laisse 5 ou 6 clébards de tout genre) si je suis bien dans la bonne direction pour Kennedy Parc. Réponse positive, il faut que je récompense mon instinct une fois ce périple terminé.

Quelques minutes plus tard, j’arrive à bon port. Je ne sais pas ce qui m’étonne le plus entre le fait que je sois arrivé ici sans me perdre une seule fois sans GPS ou le fait qu’Optimus Prime (c’est le surnom de mon nouveau compagnon à deux roues) ait tenu le coup jusqu’ici.
Car oui, il faut quand même que je fasse une parenthèse à propos d’Optimus. Dire qu’il n’est plus tout jeune serait un euphémisme. Les freins sont morts (la moitié des vitesses aussi) il craque et grince tellement qu’il aurait sa place dans le prochain Conjuring et toutes les parties métalliques dont il est orné sont recouvertes d’une jolie couche de rouille. Cependant, je me suis attaché à lui. Je sens que nous allons vivre de belles et heureuses aventures ensemble.

Le parc Kennedy ne porte pas ce nom pour des prunes. Situé au-dessus d’une falaise face à la mer, il était doté durant la deuxième guerre mondiale de deux énormes canons (anti-aérien, anti-bateaux, anti-tout) afin de protéger la côte. De nombreux tunnels reliant les bunkers entre eux serpentent également sous sa belle pelouse. De nos jours, les canons ne sont évidemment plus là mais les bunkers si :

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Mais dis-moi Jamy ! Sacré photomontage que tu nous as fait là !

Je me suis permis une petite visite dans ces derniers (sans trop savoir si j’avais le droit ou pas mais que voulez-vous, j’aime vivre dangereusement) ceci dit entre-nous, il n’y a pas grand chose à voir et de grosses grilles bloquent l’entrée des tunnels. L’Urbex, ça sera pour une autre fois.

En me dirigeant vers la côte, j’aperçois un long escalier en bois menant jusqu’en bas de la falaise. Je cache Optimus entre deux buissons et dévale les marches deux par deux. Je me retrouve alors sur une plage quasi-désertique (il n’y a que quelques joggeurs qui vont-et-viennent). L’eau est transparente, l’air revigorant… Tel Di Caprio dans The Beach, je m’effondre sur le sable blanc et prends une pause bien méritée.

Un événement vient perturber ma séance de repos : la faim. Il est vrai qu’il est déjà passé midi et que je n’ai encore rien avalé de la journée ! L’heure est venue de quitter ce petit bout de paradis et de donner quelques coups de pédales le long de la côte à la recherche d’un casse-dalle.
Je traverse toutes sortes d’endroits ; des digues en béton aux plages de sable fin en passant par des monticules de pierres volcaniques (là c’était clairement pas fait pour un vélo, j’ai bien galéré).
Je vois également des tas de méduses flottants tels des sacs plastiques, des crabes se faufilant sous des bottes d’algues ou encore des oiseaux tous plus étranges les uns que les autres (dont des combats de mouettes particulièrement violents et captivants).

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Optimus Prime et Babouche prenant la pose (j’ai bientôt plus d’amis imaginaires que dans Foster)

J’arrive finalement à Takapuna et là, le changement d’ambiance est radical. La plage et les terrasses sont bondées ; touristes, promeneurs de chiens (encore !) familles en balade… c’est un peu le Cap d’Agde du coin (sans les vieux à poil).
Je m’écarte un peu de toute cette populace et, comme si le dieu de la bouffe avait entendu mes prières d’estomac, je tombe sur ce panneau : « Menu Pasta & Birra Moretti & Tiramisu« , inutile de vous raconter la suite…

En fin de journée, le vent commence à se lever. L’atmosphère devient plus pesante et les oiseaux volent bas, c’est le signe que le temps va vite se gâter (j’ai été météorologue dans une autre vie). Il est l’heure pour moi de lever le camp et de boucler ma boucle.

Arnold avait raison, le vélo est parfait pour découvrir l’inconnu.

I’ll be back.

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